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Education au Burkina Faso : la motivation par la culture du héros et de l’excellence

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  • 17 Novembre, 2013
  • Écrit par  P. Kondombo
  • Publié dans Burkina Faso

Salle de cours au Burkina FasoLa famille est le socle et le noyau de toute société et les enfants en sont l’avenir. C’est la raison pour laquelle chaque enfant qui naît est une chance pour chaque nation de repartir à zéro. Pour maintenir une meilleure cohésion sociale et une solidarité fraternelle, et pour bâtir une nation capable de se réinventer et s’adapter aux changements et défis de son époque, le système éducatif africain qui a toujours été une préoccupation communautaire et un maillon essentiel dans la société africaine, doit subir une refonte complète. Plusieurs aspects du système éducatif africain en général et burkinabè en particulier sont à remanier, dont l’aspect motivation qui fait l’objet du présent article.

La recherche du bonheur et l’accroissement du bien être communautaire est un combat générationnel qui se gagne ou se perd d’abord dans la tête. Les vainqueurs sont ceux/celles qui y croient, les perdants sont ceux/celles qui désespèrent et baissent les bras. Ces derniers se laissent abattre par les difficultés et les exigences de la vie; ils succombent aux  tentations d’une existence facile.

Les vainqueurs se convainquent que ce combat se prépare à l’avance. Et mieux encore, ils savent se motiver. Remarquons que même l’armée ou l’équipe la plus puissante et la mieux préparée au monde a toujours besoin de son Général ou de son entraineur pour lui donner un « pep-talk » juste avant le début des hostilités. Comment instaurer ou renforcer la motivation, ingrédient très crucial de l’excellence dans notre système éducatif afin de lui insuffler un dynamisme nouveau? 

Les citations : libellons nos classes de dictons qui traduisent les valeurs et vertus que nous désirons voir dans notre société.

Tous les meneurs d’Hommes le savent : les mots ne sont pas vains. « Ils déterminent notre compréhension de nous-mêmes, la manière dont nous voyons le monde et la façon avec laquelle nous traitons les autres[1] » comme le disait Krista Tippet. Les mots représentent sans aucun doute l’un des moyens les plus efficaces pour changer radicalement la vie d’un homme.

Combien de fois avez-vous lu, entendu ou même dit quelque chose du genre : « depuis le jour où j’ai entendu et/ou lu cela, ma vie n’a plus jamais été la même », « cette phrase restera à jamais gravée dans ma mémoire », « je n’oublierai jamais ce que mon père m’a dit ce jour-là », « je suis devenu ce que je suis à cause de cette phrase», « ce bouquin m’a sauvé la vie », « cette parole m’a totalement ouvert l’esprit ou les yeux », etc. Oui, le pouvoir et la portée des mots sont inouïs.

Nous avons fort heureusement une culture des citations : traditionnellement, il est très rare de voir un Africain parler pendant des minutes sans introduire un proverbe du genre « comme le disent les Bissa,… » ou « comme disaient nos grands parents… » pour mieux étayer ses propos. Nous sommes les héritiers de cette richesse linguistique et devrons par conséquent faire un meilleur usage de ces proverbes et citations qui ne laissent personne indifférente lorsqu’ils sont prononcés. Certaines phrases ont un impact tellement immense qu’elles deviennent des « mantras » qui aident à faire face aux difficultés de la vie. 

Pour certains, c’est quelque chose d’aussi banal comme « Allez, je vais y arriver » et pour d’autres c’est du genre « La meilleure façon d’échouer c’est de ne pas essayer ; alors je m’y mets. » Mentionnons l’extraordinaire effet de la célèbre phrase « YES WE CAN » du Président américain Barack Obama. Cette phrase, à travers l’optimisme, la croyance et la confiance en soi qu’elle fait naître, a permis de galvaniser des foules innombrables aux Etats Unis. Elle a contribué à redonner espoir, pas seulement au peuple américain, mais à diverses couches sociales à travers le monde entier.

Peu importe qu’un dicton nous supporte ou qu'il nous porte préjudice, le fait est, qu’il a un ascendant sur la façon dont nous faisons face aux événements de la vie. Alors, ne devrait-on pas choisir le genre de pensées qui nous élève et nous aide à venir à bout de l’adversité, à cultiver le type de société à laquelle nous aspirons?

Tout cela ne requiert qu’une dose de bonne volonté. L’expérience pourrait être étendue à nos maisons, à nos bureaux de travail, au même titre que ces photos et iconographes qui sont accrochés aux murs de nos salons. Par exemple, dans les classes ou à l’entrée des écoles et lycées, on pourrait avoir des écrits tels les suivants (proverbes africains), lesquels peuvent être adoptés comme devise de l’établissement:

  • Malheur à celui qui ne fait pas mieux que son père.
  • Le mensonge donne des fleurs mais jamais des fruits.
  • L’erreur n’annule pas la valeur de l’effort accompli.
  • Qui n’est pas utile à soi-même ne peut être utile aux autres et à ses proches.
  • La réussite et la reconnaissance sont au bout de l’effort.
  • L’argent est bien, mais l’homme est meilleur parce qu’il répond quand on l’appelle.
  • La mort engloutit l’homme, elle n’engloutit pas son nom et sa réputation.

Les mots ne sont pas vains avons-nous dit plus haut. Un élève qui se convainc qu’il doit faire largement mieux que ses parents et se le répète régulièrement, se donne les chances et peaufine une bonne stratégie pour que le succès soit au bout de ses efforts.


Les héros : instaurons le culte du héros et du symbole au sein de nos établissements.

Avoir un héros ou un symbole est un moyen efficace pour se motiver régulièrement, surtout pendant les périodes difficiles. Cela aide aussi à cultiver l’excellence dans les établissements scolaires. Les héros ou les symboles sont des personnes ordinaires qui font l’histoire ; ils sont toutefois une fascination pour les autres car leurs histoires résonnent ; ce sont des sources d’inspiration qui montrent ce dont l’être humain est capable. Ils inspirent à un dépassement de soi afin de les émuler. Cette émulation nécessite une volonté de fer et des sacrifices car comme dit un proverbe africain, « l’héritier du léopard hérite aussi de ses taches ». Comment instaurer le culte du héros, du modèle ou de la référence dans le milieu scolaire ? 

Plusieurs avenues sont ouvertes mais la meilleure émulation n’est elle pas celle qui se base sur des héros de la même communauté ou de la même société ? Dit autrement, au lieu de parcourir le monde à la recherche de modèles, pourquoi ne pas hisser certains élèves ou étudiants burkinabè exceptionnels au rang de modèles ? Ces derniers seront alors des références pour leurs camarades et les promotions suivantes.


De façon concrète, les meilleurs par des critères tels les résultats scolaires, la discipline, l’engagement dans la communauté scolaire, etc. seront des candidats potentiels. Au Burkina Faso, l’organisation d’évenements pour récompenser les meilleurs éleves est bien stimulante.  Il s’agit principalement de l’etablissement des prix de l’excellence[2],  d’émissions télévisées pour honorer les meilleurs élèves[3] et surtout de la journee nationale de l’excellence scolaire[4]. Tout cela est bien encourageant, mais il y a une grande marge pour faire mieux afin d’inciter et motiver plus.

En effet, on pourra instituer une sorte de gouvernement d’élus scolaire. Dans chaque établissement, les chefs ou délégués et adjoints de classes se réuniront pour élire une autorité, dénommée par exemple AE (Autorité des Elèves ou Autorité des Etudiants) qui s’occupera de la gestion (propreté de la cour, rapport avec d’autres établissements, collecte de cotisation, organisation de journée culturelle et d’activités sportives…). C’est le cas déjà dans des établissements comme le collège de la Salle à Ouagadougou et dans quelques écoles en Guinée Conakry[5]

Ceci a une double répercussion : les élèves s’initient très tôt aux votations, apprennent des stratégies pour convaincre et à accepter les résultats des scrutins; ils apprennent aussi le sens de la responsabilité et l’importance des travaux de groupes ou d’intérêt communautaire. Les dirigeants et membres à fort potentiel de l’AE peuvent devenir des modèles et encourager alors les autres.

Par ailleurs, pour donner plus de visibilité et surtout révéler les meilleurs élèves et étudiants, à la région, à la nation ou même à l’international, de puissants symboles peuvent être créés. Par exemple, le premier au BAC toute série confondue:

  • Au niveau régional, pourrait :
  • Recevoir la Médaille de mérite du Gouverneur, personnalisée en son nom.
  • Recevoir le Certificat d’Elève de l’Année du Directeur régional des études secondaires, personnalisée en son nom, lequel nom est gravé sur une plaque murale au sein de la Direction Regionale.
  • Passer dans les média régionaux
  • Au niveau national,  pourrait :
  • Recevoir la Médaille de mérite du Président du Faso, personnalisée en son nom.
  • Recevoir le Certificat d’Elève de l’Année du Ministre des études secondaires, personnalisée en son nom, lequel nom est gravé sur une plaque murale au sein du ministère 
  • Passer à la télévision nationale lors d’une emission dediée.

On pourra aussi tenir et afficher une liste des meilleurs élèves dans chaque classe et dans chaque lycée, années après années. Cet honneur a pour objectif de susciter en eux un sentiment de fierté et  chez les autres un rêve de gloire, sources de motivation par excellence.

Hormis l’édification de ces symboles, ils pourraient en plus recevoir une meilleure bourse pour la suite de leurs études, lors des Journées de l’Excellence Scolaire, aux niveaux regionale et nationale.

Remise d'un pris d'excellence par le ministre (MESSRS)

En outre, l’institution d’une journée thématique dédiée aux héros ou aux anciens élèves/étudiants exceptionnels peut faciliter l’émulation. Chaque établissement pourra se choisir un héros et/ou une référence qui peut être un ancien élève dont l’excellence a marqué les esprits, ou tout autre héro national, africain ou mondial.

Ainsi durant la « journée des héros », les responsables de l’établissement ou les membres de l’AE se feront le devoir de raconter la vie du héro, ses engagements communautaires, ses valeurs et ses prouesses. Des activités connexes liées aux réalisations du héro peuvent aussi être organisées; la journée pourrait prendre fin avec une séance de plantation d’arbres ou de nettoyage complet de toute la cour de l’établissement, afin de stimuler l’esprit de dépassement de soi et d’abnégation au profit du bien-être de la communauté. Ainsi des journées Zinda Kaboré ou Ki Zerbo ou Ouezzin Coulibaly ou Anta Diop, etc. pourront être instaurées dans les écoles et lycées du pays. Croire en l’héroïsme crée des héros.

Le culte du héros ou du symbole, donne la chance de construire une société éveillée,  souscrite aux valeurs nobles et aux vertus indispensables, pour un avenir radieux du Faso.

Les écoles d’excellence ou de leadership : rendons meilleurs nos élèves et étudiants à fort potentiel.

Une autre source de motivation dans le système éducatif pourrait être les bourses d’études. Cependant, cela fait bien longtemps que les bourses sont octroyées mais les résultats ne sont pas vraiment au rendez vous. Ceci peut s’expliquer par le fait que d’une part, le peu de bourses disponibles ne sont pas toutes données aux personnes méritantes, et d’autre part les récipiendaires sortent du pays ou n’ont pas de bonnes écoles sur place pour mieux s’exprimer et faire éclater tout leur génie. 

C’est dans ce contexte que les écoles d’excellence ou de leadership peuvent jouer un rôle majeur ; ce sont des espaces  très stimulants, où innovation, dépassement de soi, entreprenariat, etc. sont mis de l’avant; ces écoles pourraient aussi servir de cadre pour le renouveau du système éducatif.

De façon pratique, on pourrait avoir un lycée d’excellence dans chaque région et un lycée national d’excellence qui pourrait se situer dans la capitale. Ces lycées auront toutes les classes, de la 6ème à la Terminale. Au niveau régional, chaque classe sera composée des meilleurs de toutes les provinces de la région. 

Par exemple, à la fin de l’année scolaire, les 2 premiers de toutes les classes de 5ème se retrouveraient en classe de 4ème dans le lycée d’excellence régional. Au niveau national, les trois premiers de chaque classe des lycées d’excellences régionaux se retrouveraient dans le lycée national d’excellence. C’est dire qu’avec les 13 régions du Burkina Faso, chaque classe de cet établissement aurait 39 élèves.

On pourrait avoir le même schéma au niveau supérieur, et ainsi créer des écoles de leadership. On aura alors de grandes écoles d’ingénieur, de commerce, de journalisme, d’administration, etc.

La réalisation de telles structures devra contribuer fortement, à une grande concurrence, à la culture de l’excellence et sera une source supplémentaire de motivation pour les élèves et étudiants. Cela donnera également à notre nation les ressources humaines nécessaires pour son essor économique, politique et culturel.

Notes

1. The words matters. They shape the way we understand ourselves, the way we interpret the world and the way we treat others” Krista Tippet (http://www.ted.com/talks/krista_tippett_reconnecting_with_compassion.html) [Retour]

2. http://www.lefaso.net/spip.php?article55085&rubrique21 [Retour]

3. http://www.lefaso.net/spip.php?article53608&rubrique4 [Retour]

4. http://lefaso.net/spip.php?article55697&rubrique4 [Retour]

5. http://www.lefaso.net/spip.php?article54151&rubrique4 [Retour]

Dernière modification le Samedi, 25 Avril 2015 21:44