Vendredi 13 Décembre 2019

Sommet de Copenhague : une planète verte pour qui ?

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  • 08 Décembre, 2009
  • Écrit par  M. Somé
  • Publié dans Opinions

 

Tombouctou

Pour embarquer les pays du Sud dans cette lutte effrénée contre les changements climatiques, on les a convaincus qu'ils seront les plus exposés aux conséquences. Alors que selon John Houghton, spécialiste du climat et auteur de  l'ouvrage "Global Warming" [8], même si "les scientifiques sont confiants sur le fait que le réchauffement climatique et le changement climatique soient dus à l'activité humaine, ... des incertitudes substantielles demeurent sur l'étendue du réchauffement et les contours du changement climatique à travers le monde".  En d'autres termes, même s'il y aura un changement climatique, on n'est pas à mesure de dire si les terres africaines seront plus arides ou mieux arrosées, plus soumises aux vents violents ou non.

Il faut même dire que certains éléments nous permettent d'en douter. En effet, les vents violents: ouragans, tempêtes, cyclones, etc. résultent des écarts de températures qui sont plus fréquents dans les zones froides et tempérées que dans les zones chaudes. D'où leur prépondérance dans ces zones. Par conséquent ces zones sont plus sensibles à une faible variation de température que les zones chaudes qui ont des températures plus stationnaires. D'où vient alors l'idée que l'Afrique sera plus exposée que le reste du monde ? Si ce n'est cette tendance de l'Occident à détourner toute catastrophe qui doit s'abattre sur terre vers les autres.

D'aucuns avancent aussi que le faible niveau technologique des pays du Sud  leur permet de se reconstruire moins facilement à  l'issue d'une catastrophe que ceux du Nord. Cette idée ne résiste pas non plus à l'analyse. En effet, les pays industrialisés sont plus dépendants de la technologie que les pays du Sud. Par conséquent, une catastrophe majeure, hypothétique, telle que des tempêtes violentes qui ravagent la moitié d'un pays industrialisé, réduisant à néant toute infrastructure : réseau électrique et centre de production, téléphone, internet, moyens de transports, etc. paralyse pour longtemps ces sociétés, sans mentionner le fait que le climat est invivable en hiver sans chauffage.

Alors qu'en Afrique où 80% des habitants vivent en campagne,  on peut dormir à l'air libre, rebâtir les habitations en quelques jours, cuisiner avec un foyer à trois pierres et continuer à se déplacer à pied ou à dos d'animaux. Vu ce que les Africains vivent en ce moment, c'est à se demander si les changements climatiques seront pires.

Par ailleurs, quand on écoute les écologistes accuser les Africains d’exterminer les singes, les babouins et certaines espèces rares de la forêt équatoriale, on ne peut qu’être écœuré. Le Président Brésilien avertissait la semaine dernière que son pays ne paiera aucunement les frais de la déforestation en ces termes: "Je ne veux pas qu'un gringo nous demande de laisser un habitant de l'Amazonie mourir de faim sous un arbre. Nous  voulons la préserver mais, ils doivent  en payer le prix parce que nous n'avons jamais détruit notre forêt comme ils ont fauché la leur, un siècle auparavant."

De plus, le faux problème de la surpopulation est constamment avancé en guise d’argument pour appuyer des opinions dont les relents racistes sont à peine voilés. En clair, il faut se débarrasser des humains superflus pour une planète verte et propre. On n’hésite pas non plus à donner quelques indices pour localiser ces populations superflues. Illustration en est faite dans les propos de P. Sevran « la bite des noirs est responsable de la famine en Afrique ». Alors que la politique de natalité est incitative en Europe, on demande constamment aux pays africains de contrôler les naissances.

Pour ce courant du développement durable, le progrès n’est pas pour les pays du Sud. En clair, débrouiller vous pour le chômage, le manque d’eau et la faim mais si vous voulez faire comme nous il nous faudra trois planètes au minimum. Ces propos sont assumés publiquement par des écologistes comme N. Hulot.

Cette vision procède du Malthusianisme encore présent en occident et aussi du Darwinisme [9]. Il n’y a aucun doute sur le fait que le point commun entre le nazisme et ces écologistes modernes n’est pas seulement l’ « amour » de la nature. C’est tout simplement la haine de l’espèce humaine, d’une certaine espèce humaine. Un étiolement idéologique traduit par la négation de ce bon gigantesque réalisé  bien avant notre ère et qui tient à ce concept : l’homme est la mesure de toute chose. On aboutit à une absurdité qui consiste à vouloir sauver la terre sans ses habitants.

En agitant le spectre de la catastrophe à venir en l’absence d’une réaction adéquate à la crise du réchauffement climatique, on a assisté impassible à une multiplication de taxes et de mesures chaque fois plus contraignantes présentées comme indispensables pour sauver la planète. Il ne serait pas étonnant que le sommet de Copenhague en produise encore.

Tout ceci procède de la stratégie du choc. Son objectif, exploiter à fond la mauvaise conscience. Une illustration de la stratégie du choc, notion développée par Noami Klein est incarnée par ce chiffre de 18. 840 milliards d’euros avancé comme ce que pourraient coûter les dommages d’inondations dans plus d’une centaine de villes côtières à la suite de la fonte des glaces en 2050 [10].

Ce catastrophisme est une aubaine pour le capitalisme puisqu’il incite en permanence au renouvellement des équipements, des voitures et de ce qu’on considère comme polluant. Le génie du capitalisme réside dans cette récupération macabre de la notion humaniste de protection de l’environnement pour en faire un abominable moyen de domination. On assiste en réalité à une régression des valeurs même qui fondent la société internationale.

La nécessité d’un développement immédiat et sans concession des pays du sud est une priorité légitime qui découle de l’intérêt général. Il en va de la paix et de la sécurité internationale. Il en va aussi et surtout de l’avenir de la planète.

Tout compte fait, cette forme d'écologie n'aurait-elle pas finalement pour objectifs de préserver le mode de vie occidentale plutôt que de sauver la planète ? Ce d'autant plus que les contraintes technologiques: voitures vertes, technologie économe d'énergie sont l'apanage de l'Occident. Interdire aux autres de suivre sa voie, c'est probablement leur interdire de le rattraper tout court. Paradoxalement, c'est sur cette avancée technologique qu'il s'appuie pour perpétuer sa domination sur la planète afin de maintenir son niveau de vie au détriment des autres.

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[1] Mann et al., (1998) Global scale temperatures and climate forcing over past six centuries, Nature, 392, 779-787 ; Temperatures during the past Millenium : inferences, uncertainties, and limitations, Geophysical Research Letters, 26, 759-762

[2]Groupe d’Experts internationaux sur l’évolution climatique.

[3] Mann et al, Temperatures during the past Millenium : inferences, uncertainties, and limitations, Geophysical Research Letters, 26, 759-762

[4] McIntyre S.; R. McKitrick (2005), Hockey sticks, principal components, and spurious significance, Geophysical Research Letters, 32, doi : 10.1029/2004GL021750 ; Moberg A. et al (2005), Highly variable Northern Hemisphere temperatures reconstructed from low and high-resolution proxy data, Nature, 443, 613-617

[5] McIntyre S., R. McKitrick (2003), Corrections to the Mann et al. (1998) proxy data base on Northern Hemispheric average temperature series, Energy and Environment, 14, 751-771 ;

[8] S. Brunel, A qui profite le développement durable, Larousse 2008, 157 pages.

[10] Cette étude est publiée le 23 novembre 2009 par WWF et l’assureur Allianz, http://www.wwf.ch/newsservice

 

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Dernière modification le Dimanche, 26 Avril 2015 11:38

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